Les pets dans le stand-up : de Richard Pryor au pet féministe
Le stand-up entretient une relation particulière avec l'humour corporel — et le pet est l'un des outils les plus anciens et les plus fiables du genre. Des pionniers américains du stand-up qui utilisaient la corporalité comme déclaration politique aux comédiens modernes qui déconstruisent le pet comme acte féministe : l'histoire du pet sur scène est une histoire sur qui a le droit de rire, et de qui.
Origines : l'humour physique comme libération
Le stand-up comme genre émergea aux États-Unis dans les années 1950 et 1960, lorsque des comédiens comme Lenny Bruce et Dick Gregory commencèrent à aborder des sujets personnels, bruts et tabous dans des clubs et des théâtres. L'humour corporel était dès le départ un moyen de provocation : une blague de pet sur scène n'était pas principalement du slapstick mais une transgression. À une époque de codes de diffusion stricts (le Code Hays pour le cinéma, des règles similaires auto-imposées pour la télévision), un pet explicitement exprimé sur scène était une déclaration. Lenny Bruce fut arrêté à plusieurs reprises — pour d'autres contenus que des blagues de pets, mais dans le même esprit : le comédien comme briseur de règles qui met en mots la corporalité du public et questionne ainsi les normes sociales.
Richard Pryor, Eddie Murphy et la démocratisation du corps
Richard Pryor (1940–2005) est considéré comme l'un des comédiens de stand-up les plus influents de tous les temps. Dans des spectacles comme « Richard Pryor : Live on the Sunset Strip » (1982), il utilisait l'humour corporel — y compris des blagues gastro-intestinales explicites — comme véhicule pour décrire l'expérience de la masculinité noire en Amérique. Le pet n'était pas la chute — c'était le vecteur. Eddie Murphy poursuivit cette tradition avec « Delirious » (1983) et « Raw » (1987), établissant l'humour corporel comme la marque de fabrique d'un type entier de comédien. En Europe, Benny Hill jouait une fonction similaire — son humour explicitement physique à la BBC était à la fois adoré et rejeté par l'establishment, ce qui ne faisait qu'amplifier sa popularité. L'humour corporel de cette génération était démocratique : il pointait vers une expérience humaine partagée, transcendant les classes.
Europe : le pet politique et la flatulence philosophique
Le stand-up européen a développé des traditions différentes. Dans les pays germanophones, les blagues de pets sont présentes dans le cabaret depuis des décennies — Karl Valentin, Loriot et Gerhard Polt ont chacun abordé la corporalité à leur manière. Les sketchs de Loriot sur l'embarras du corps bourgeois — le moment gênant durant une conversation à dîner, la fonction corporelle inévitable — sont des classiques de la comédie allemande. Dans le stand-up britannique des années 1990 (« Alternative Comedy »), la blague de pet était souvent une expression d'attitude anti-establishment : Billy Connolly et Ben Elton utilisaient l'humour corporel pour mettre en lumière les différences de classe. En France, la tradition du spectacle vivant possède sa propre niche : Le Pétomane (Joseph Pujol, 1857–1945) n'est pas du stand-up, mais son héritage résonne dans la culture comique française jusqu'à aujourd'hui.
Le présent : quand le pet devient féministe
Un développement intéressant dans le stand-up moderne : les femmes comédiens ont réclamé la blague de pet comme territoire politique. Wanda Sykes, Amy Schumer, Hannah Gadsby et d'autres ont explicitement abordé la corporalité féminine dans leurs spectacles — y compris les flatulences — tout en pointant le double standard : un homme qui parle de pets sur scène est un « type ordinaire ». Une femme qui fait de même transgresse une norme sociale. Amy Schumer a abordé ce double standard directement dans « Mostly Sex Stuff » (2012) et des spectacles ultérieurs. La chute n'est pas le pet lui-même — la chute est que c'est encore plus risqué pour les femmes sur scène que pour les hommes. Le pet comme indicateur d'égalité : une catégorie analytique inattendue pour les études culturelles.
Le saviez-vous ?
- Lenny Bruce fut arrêté dans les années 1960 pour « représentations obscènes » — incluant l'humour corporel — dans le cadre d'une résistance politique à la censure du stand-up.
- « Raw » d'Eddie Murphy (1987) est l'un des spectacles de stand-up les plus vendus avec plus de 100 millions d'exemplaires — l'humour corporel y est central.
- Loriot a élevé la corporalité de la bourgeoisie allemande dans ses sketchs au rang d'art — le moment gênant inévitable comme miroir de la société.
- Des comédiens comme Amy Schumer utilisent les blagues de pets comme commentaire délibéré sur le double standard : ce qui est « sympa » pour les hommes est une transgression tabou pour les femmes.
Le saviez-vous
George Carlin, l'un des plus grands comédiens de stand-up américains, déclara un jour dans un entretien : « L'existence même d'une blague de pet est la preuve que l'animal humain a le sens de l'humour. » Carlin utilisait lui-même l'humour corporel avec parcimonie mais précision — comme agent de contraste qui rendait des points plus sérieux sur le langage, la censure et la société encore plus saillants. Son sketch le plus célèbre, « Seven Words You Can Never Say on Television » (1972), est un engagement direct avec les fonctions corporelles et les parties du corps socialement exprimables — et celles qui ne le sont pas.
Sources
- Double, O. (2014). Getting the Joke: The Inner Workings of Stand-Up Comedy. Bloomsbury.
- Zoglin, R. (2008). Comedy at the Edge. Bloomsbury Publishing.
- Brodie, I. (2014). A Vulgar Art: A New Approach to Stand-up Comedy. University Press of Mississippi.