Les noms amusants du pet a travers le monde
Chaque langue sur terre possede un mot pour la flatulence -- et la plupart en ont plusieurs. L'energie creative que l'humanite a investie pour nommer ce phenomene universel temoigne a la fois de son ubiquite et de son statut de source inepuisable de jeu linguistique. Du formel au ridicule, de l'onomatopee a l'euphemisme, le vocabulaire du pet offre une fenetre etonnamment riche sur la facon dont les cultures negocient l'ecart entre le corps et la fiction polie de son absence.
L'anglais : un vocabulaire riche pour l'indecent
L'anglais possede un vocabulaire inhabituellement vaste pour la flatulence, refletant a la fois la tendance de cette langue a emprunter a de multiples sources et la preoccupation britannique particuliere pour l'humour scatologique. Le mot 'fart' lui-meme vient du vieil anglais -- 'feortan' -- et possede des cognats dans la plupart des langues germaniques. 'Toot' est onomatopeique et considere comme relativement poli. 'Trump' etait le terme d'argot britannique courant pendant des siecles avant d'acquerir son association contemporaine plus celebre -- le Dictionary of the Vulgar Tongue de Francis Grose (1785) repertorie 'trump' comme vocabulaire de rue standard. 'Wind' est l'euphemisme medical et poli prefere. 'Fluff', 'air biscuit', 'bottom burp' et 'dropped a bomb' comptent parmi des dizaines de composes familiers. Les enfants en anglais britannique produisent des 'parps', 'pumps' et parfois des 'squeakers'. Cette grande variete reflete l'importance conversationnelle du sujet, en particulier dans les cours de recreation.
Onomatopees europeennes et creativite regionale
L'allemand 'Furz' est direct et clinique, mais familierement les Allemands disent aussi 'einen fahren lassen' (en laisser partir un), qui a une connotation agreablement automobile. Le francais a 'pet' (formel), 'vesse' (silencieux et particulierement malodorant) et le charmant 'prout' utilise avec les enfants. Les Italiens utilisent 'peto' (formel, du latin), 'scoreggia' (familier), et les enfants disent 'puzzetta' (petite puanteur). L'espagnol a 'pedo' (universellement compris, egalement utilise comme argot pour 'ivre' au Mexique), 'ventosidad' (medical) et des termes regionaux comme 'cuesco' au Chili et en Argentine. Le neerlandais 'scheet' est d'une franchise satisfaisante. Le finnois 'pieru' sonne presque joyeusement. Les langues scandinaves partagent des racines germaniques : le suedois 'fis', le norvegien 'fis', le danois 'fis' -- tous onomatopeiques a leur maniere plate et nordique.
Creativite mondiale : de l'euphemisme a la poesie
Le japonais possede plusieurs registres : 'onara' (おなら) est le terme poli standard, utilise en compagnie mixte et avec les enfants ; 'he' (屁) est plus clinique ; et des composes ludiques apparaissent dans le langage familier. Le coreen utilise 'bang-gwi' (방귀), signifiant litteralement 'vent de chambre', qui a une qualite architecturale agreable. Le chinois mandarin utilise 'fang pi' (放屁), litteralement 'liberer du gaz', mais 'fang pi' est aussi une exclamation courante signifiant 'n'importe quoi !' ou 'balivernes !' -- un double sens qui permet une utilisation delicieusement ambigue dans les disputes. L'arabe 'darrat' (دراط) possede des variantes regionales a travers le monde arabe. En portugais bresilien, 'pum' est le terme enfantin, delicieusement onomatopeique, tandis que les adultes disent 'peido'. Le swahili utilise 'shuruto' ou 'pumzi ya matumboni' (litteralement 'souffle de l'estomac').
La linguistique du tabou : pourquoi tant de mots ?
L'explosion du vocabulaire autour de la flatulence est un exemple classique de ce que les linguistes appellent la 'proliferation lexicale autour des sujets tabous'. Lorsqu'un concept est a la fois universel et socialement proscrit, la langue tend a generer des euphemismes, des dysphemismes et des registres specialises pour gerer la contradiction. La sociolinguiste Ruth Wajnryb a documente dans son etude de 2005 'Expletive Deleted' que les sujets tabous generent systematiquement les ensembles de synonymes les plus riches dans toute langue. Le vocabulaire de la flatulence presente egalement de fortes tendances onomatopeiques a travers des langues non apparentees -- 'prout', 'pum', 'pieru', 'fis' -- suggerant que le symbolisme sonore joue un role authentique dans la formation de ces termes. Ce schema translinguistique est remarquable car il est rare : la plupart des concepts humains ne montrent pas de symbolisme sonore systematique a travers les familles de langues.
Le saviez-vous ?
- 'Trump' etait un argot britannique courant pour la flatulence depuis au moins le XVIe siecle, precedant toute association politique de plusieurs centaines d'annees.
- En chinois mandarin, 'fang pi' (放屁) signifie a la fois 'peter' et 'n'importe quoi !' -- utilise dans les disputes avec une ambiguite deniable.
- Le mot anglais 'fart' derive du vieil anglais 'feortan', avec des cognats clairs en allemand, neerlandais et dans les autres langues germaniques.
- Le finnois 'pieru' et le norvegien 'fis' ont tous deux une qualite distinctement onomatopeique, refletant la tendance translinguistique a nommer les pets par leur son.
Le saviez-vous
L'entree etymologique du Oxford English Dictionary de 2003 pour 'fart' retrace le mot au moins jusqu'au XIIIe siecle en anglais ecrit, ce qui en fait l'un des mots les plus anciens en usage continu dans la langue anglaise -- precedant de nombreux mots 'polis' d'origine latine de plusieurs siecles et survivant a d'innombrables synonymes a la mode.
Sources
- Wajnryb, R. (2005). Expletive Deleted: A Good Look at Bad Language. Free Press.
- Grose, F. (1785). A Classical Dictionary of the Vulgar Tongue. London.
- Ammer, C. (1997). The American Heritage Dictionary of Idioms. Houghton Mifflin.
- Allan, K. & Burridge, K. (2006). Forbidden Words: Taboo and the Censoring of Language. Cambridge University Press.