Rectocolite hémorragique et gaz
La rectocolite hémorragique est une maladie inflammatoire chronique de l'intestin qui peut transformer un acte aussi banal que l'émission de gaz en une source d'inconfort et d'inquiétude. Comprendre pourquoi cela se produit aide les patients à gérer leurs symptômes et à savoir quand un changement mérite un avis médical.
Qu'est-ce que la rectocolite hémorragique ?
La rectocolite hémorragique (RCH) est une forme de maladie inflammatoire chronique de l'intestin dans laquelle la muqueuse du gros intestin et du rectum s'enflamme et développe de petites ulcérations. Contrairement à la maladie de Crohn, qui peut toucher n'importe quelle partie du tube digestif, la RCH se limite au côlon et commence généralement dans le rectum avant de s'étendre vers le haut de façon continue. La maladie évolue par poussées, alternant crises et périodes de rémission. Les symptômes courants comprennent des diarrhées sanglantes, des crampes abdominales, des envies pressantes, de la fatigue et une perte de poids. Les médecins pensent que la RCH résulte d'une réponse immunitaire excessive chez des personnes génétiquement prédisposées, déclenchée par des facteurs environnementaux et des modifications du microbiote intestinal. Comme c'est dans le côlon qu'une grande partie des gaz intestinaux est produite et réabsorbée, l'inflammation y a un effet direct et souvent gênant sur les flatulences et les ballonnements.
Pourquoi elle produit plus de gaz
Plusieurs mécanismes relient la rectocolite hémorragique à des gaz plus abondants ou plus gênants. L'inflammation abîme la muqueuse du côlon et altère sa capacité à absorber l'eau et les gaz qui passeraient normalement discrètement dans le sang. Il reste ainsi davantage de gaz emprisonné dans l'intestin, ce qui provoque distension et flatulences sonores. Les poussées perturbent aussi l'équilibre des bactéries intestinales, favorisant des espèces qui fermentent les glucides en hydrogène, méthane et sulfure d'hydrogène, ce dernier donnant l'odeur d'œuf pourri. Le transit rapide pendant la diarrhée fait que les aliments sont fermentés dans le côlon plutôt que digérés plus tôt, ce qui augmente le volume de gaz. De nombreux patients développent en outre une intolérance secondaire au lactose ou une sensibilité à certaines fibres pendant les phases actives. Médicaments, changements alimentaires et anxiété peuvent encore modifier la motricité.
Gérer les ballonnements et les flatulences
La gestion des gaz en cas de rectocolite hémorragique commence par le repérage des déclencheurs, car les sensibilités varient beaucoup d'une personne à l'autre. Un journal des aliments et des symptômes peut révéler si les produits laitiers, les aliments riches en fibres, les boissons gazeuses, les édulcorants artificiels ou certains légumes aggravent les ballonnements. Pendant les poussées, une approche temporairement pauvre en résidus ou pauvre en FODMAP, encadrée par un diététicien, réduit souvent la fermentation et l'inconfort sans sacrifier la nutrition. Manger de plus petites portions, lentement, limite l'air avalé, et une activité douce comme la marche aide les gaz à progresser dans l'intestin. Une bonne hydratation favorise un transit plus sain. Comme le contrôle efficace de l'inflammation est la base du soulagement des symptômes, prendre régulièrement les médicaments prescrits est essentiel ; quand le côlon guérit, les gaz et les ballonnements s'améliorent généralement.
Quand les gaz signalent un problème
Bien que les gaz fassent partie normale et attendue de la digestion, certains schémas justifient une évaluation médicale rapide chez les personnes atteintes de rectocolite hémorragique. Une augmentation soudaine des ballonnements associée à de fortes douleurs abdominales, un ventre gonflé et sensible, de la fièvre ou l'impossibilité d'émettre des gaz ou des selles peut signaler des complications graves comme le mégacôlon toxique ou l'occlusion intestinale, deux urgences. Du sang dans les selles, une diarrhée persistante, une perte de poids involontaire ou une fatigue croissante peuvent indiquer une poussée nécessitant un ajustement du traitement. Comme la RCH augmente le risque à long terme de cancer colorectal, tout changement durable du transit mérite attention. Les patients ne doivent jamais supposer que des symptômes nouveaux ou nettement aggravés ne sont que de simples gaz.
Le saviez-vous ?
- La rectocolite hémorragique commence toujours dans le rectum et s'étend vers le haut du côlon de façon continue et ininterrompue.
- L'odeur d'œuf pourri des gaz provient en grande partie du sulfure d'hydrogène produit par les bactéries du côlon, qui peut augmenter pendant les poussées.
- Un côlon enflammé absorbe le gaz de façon moins efficace, si bien que la même quantité de gaz peut être bien plus gênante.
- Le mégacôlon toxique, une urgence rare, peut faire cesser totalement l'émission de gaz par le côlon et nécessite des soins hospitaliers urgents.
Le saviez-vous
Lors d'une poussée sévère, le côlon enflammé peut devenir si inefficace pour absorber les gaz que les patients remarquent des flatulences bruyantes et fréquentes même en mangeant très peu, rappelant que le bruit reflète souvent la paroi intestinale, et pas seulement le repas.
Sources
- Ungaro R. et al., Ulcerative Colitis, The Lancet, 2017
- Kornbluth A., Sachar D.B., Ulcerative Colitis Practice Guidelines, American Journal of Gastroenterology, 2010
- Ordas I. et al., Ulcerative Colitis, Nature Reviews Disease Primers, 2020