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Pets de mouton : laine, méthane et l'énigme climatique

Les moutons sont de paisibles herbivores au rôle démesuré dans le bilan des gaz à effet de serre de la planète. Leur estomac à quatre compartiments transforme l'herbe en énergie — et en méthane, un gaz bien plus puissant que le dioxyde de carbone. Aujourd'hui, les scientifiques élèvent des moutons qui rotent et pètent moins, faisant de l'humble brebis une héroïne climatique inattendue.

Les moutons pètent-ils vraiment ? Rots contre pets chez les ruminants

Les moutons sont des ruminants : ils digèrent les plantes fibreuses dans un estomac à quatre compartiments dominé par le rumen, une immense cuve de fermentation grouillant de microbes. Tandis que bactéries, protozoaires et archées spécialisées décomposent la cellulose, ils libèrent de l'hydrogène et du dioxyde de carbone, que des microbes producteurs de méthane appelés méthanogènes combinent en méthane. La vérité surprenante est que l'essentiel de ce méthane quitte l'animal non par l'arrière mais par la bouche : environ 90 à 95 pour cent est éructé, un processus appelé éructation. La véritable flatulence — le gaz expulsé par l'intestin postérieur — ne représente qu'une petite fraction, produite par une seconde fermentation dans le gros intestin. Ainsi, bien que les moutons pètent assurément, leur réputation de machines à méthane repose surtout sur leurs rots. Les deux voies libèrent cependant le même gaz réchauffant le climat, raison pour laquelle les chercheurs mesurent la production totale de méthane d'un mouton plutôt que de se soucier de l'extrémité par laquelle il sort.

Les moutons et le budget mondial de méthane

Il y a plus d'un milliard de moutons sur Terre et, ensemble, ils constituent une source importante de méthane agricole. Un seul mouton adulte produit environ huit à douze kilogrammes de méthane par an — bien moins que les quatre-vingts à cent vingt kilogrammes d'une vache laitière, mais multiplié par d'immenses troupeaux, le total s'accumule. Dans les nations pastorales, le calcul devient frappant : la Nouvelle-Zélande compte environ cinq moutons par habitant, et l'agriculture représente près de la moitié des émissions de gaz à effet de serre du pays, le méthane entérique en étant la plus grande part. Le méthane est un gaz de courte durée mais puissant, qui piège environ vingt-huit fois plus de chaleur que le dioxyde de carbone sur un siècle, et bien davantage sur de courtes périodes. Comme il se décompose en une dizaine d'années environ, réduire le méthane du bétail offre l'un des leviers les plus rapides pour ralentir le réchauffement à court terme.

Élever des moutons à faibles émissions : l'expérience néo-zélandaise

L'une des découvertes les plus prometteuses est que la production de méthane est en partie héréditaire. Les chercheurs de l'AgResearch néo-zélandais ont mesuré des milliers de moutons dans des chambres de respiration scellées et ont constaté que certains animaux émettent constamment beaucoup moins de méthane que d'autres avec la même alimentation — un trait transmis à leur descendance. En sélectionnant des béliers à faibles émissions, les scientifiques ont produit des troupeaux dont le rendement en méthane est réduit de façon mesurable sans nuire à la croissance, à la laine ni à la fertilité. Les moutons à faible méthane ont tendance à avoir des rumens plus petits qui font transiter la nourriture plus vite, déplaçant l'équilibre microbien loin des méthanogènes. Au-delà de la génétique, les additifs alimentaires montrent des effets spectaculaires : l'algue rouge Asparagopsis et le composé synthétique 3-nitrooxypropanol peuvent réduire fortement le méthane en inhibant l'enzyme dont dépendent les méthanogènes. Des vaccins expérimentaux contre le méthane sont aussi en développement actif.

Laine, digestion et microbiome intestinal du mouton

La signature méthane d'un mouton est inscrite dans son microbiome intestinal — la communauté de bactéries, protozoaires, champignons et archées vivant dans le rumen. L'alimentation façonne profondément cet écosystème : l'herbe tendre du printemps, le foin sec, le trèfle et les céréales nourrissent des microbes différents et produisent des quantités de gaz différentes. Les aliments très digestibles et riches en énergie produisent en général moins de méthane par unité de nutrition, tandis que les fourrages grossiers et fibreux en produisent davantage. Mesurer ces émissions est une science à part entière. Les chambres de respiration offrent la référence, enfermant un animal pour capter chaque souffle expiré, tandis que les unités portables GreenFeed et la technique du traceur à l'hexafluorure de soufre permettent d'estimer le méthane des moutons au pâturage sur le terrain. Comprendre comment les ruminants lainés transforment un humble pâturage en énergie — et en gaz — aide les éleveurs à nourrir les troupeaux plus efficacement tout en réduisant leur empreinte climatique.

Le saviez-vous ?

Le saviez-vous

Les scientifiques ont découvert que certains moutons sont naturellement de « faibles émetteurs », dotés de rumens plus petits — et ces moutons écologiques peuvent transmettre ce trait à leurs agneaux, ce qui signifie qu'on peut littéralement élever un troupeau qui pète et rote moins.

Sources

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