Le microbiome : qui pète vraiment ?
Techniquement parlant, vous ne pétez pas seul — du moins pas entièrement. La grande majorité de vos gaz intestinaux est produite par environ 38 billions de micro-organismes vivant dans votre côlon : bactéries, archées et champignons que l'on appelle collectivement le microbiome intestinal. Cet écosystème est aussi individuel qu'une empreinte digitale, et il détermine non seulement la quantité de vos pets, mais aussi leur odeur.
38 billions de colocataires : le microbiome en chiffres
Le microbiome intestinal humain englobe environ 38 billions de micro-organismes de plus de 1 000 espèces différentes. Leur poids total est d'environ 200 grammes — similaire au poids d'un grand steak. Fait intéressant, le nombre de microbes dans l'intestin dépasse le nombre de cellules corporelles humaines dans un rapport d'environ 1,3:1. Cela signifie que vous êtes dans une large mesure microbien. Cette communauté n'est pas uniformément répartie — il y a à peine des microbes dans l'estomac (trop acide), quelques-uns dans l'intestin grêle, mais dans le côlon il y a une méga-densité allant jusqu'à un billion de cellules par millilitre de contenu intestinal. C'est exactement là que se déroule la fermentation principale — et donc la production principale de gaz.
Différences individuelles : pourquoi chacun pète différemment
La composition du microbiome est si individuelle que les chercheurs pourraient théoriquement distinguer deux personnes sur la base de leur signature de microbiome — similaire à l'analyse d'ADN. Cette composition individuelle explique pourquoi deux personnes peuvent manger le même repas et réagir de manière totalement différente : l'une a de graves ballonnements, l'autre rien. Les personnes avec de nombreuses souches de Bifidobacterium et de Lactobacillus produisent des gaz moins malodorants que les personnes avec de nombreux Clostridia, qui génèrent particulièrement beaucoup de composés soufrés. La présence d'archées productrices de méthane (Methanobrevibacter smithii) varie également d'une personne à l'autre et influence le caractère inflammable ou non des pets.
Comment le microbiome est façonné par l'alimentation
Le microbiome répond aux changements alimentaires étonnamment rapidement — en 24 à 48 heures, les souches bactériennes dominantes peuvent se déplacer de façon mesurable. Un régime riche en fibres favorise les bactéries saccharolytiques (qui fermentent les sucres), conduisant à plus de gaz mais moins malodorants. Un régime riche en protéines favorise les bactéries protéolytiques (qui décomposent les protéines), produisant plus de composés soufrés et des gaz plus malodorants. Les antibiotiques peuvent perturber drastiquement le microbiome et modifier pratiquement tous les symptômes gastro-intestinaux — y compris des profils de flatulences radicalement altérés — pendant des semaines à des mois. Les habitudes alimentaires à long terme façonnent le microbiome plus durablement que les changements à court terme : les végétaliens développent un microbiome significativement différent de celui des mangeurs de viande.
Profilage des pets : les gaz intestinaux comme indicateur de santé
Les chercheurs étudient de plus en plus si le profil gazeux d'une personne (la composition de ses gaz intestinaux) peut servir d'indicateur de santé non invasif. Des niveaux élevés de H₂S sont associés aux maladies inflammatoires de l'intestin. Les changements dans le rapport méthane-hydrogène peuvent indiquer un SIBO (prolifération bactérienne de l'intestin grêle) ou une constipation. Le rapport des acides gras à chaîne courte — sous-produits de la fermentation — est considéré comme un indicateur d'un microbiome sain. À l'avenir, des toilettes intelligentes ou des capteurs de gaz portables qui analysent automatiquement les profils de production de gaz quotidiennement et fournissent des avertissements précoces de dysbiose (déséquilibres du microbiome) pourraient devenir réalité — un concept que des chercheurs au Japon et en Australie développent déjà sous forme de prototypes.
Le saviez-vous ?
- Le microbiome intestinal répond aux changements alimentaires en 24 à 48 heures — la composition des gaz change correspondamment rapidement.
- Les jumeaux identiques partagent un ADN presque identique mais leurs microbiomes peuvent différer considérablement — l'environnement l'influence plus fortement que les gènes.
- Les antibiotiques peuvent perturber le microbiome si sévèrement que certaines personnes pètent différemment pendant des semaines après.
- Le poids combiné de toutes les bactéries intestinales est d'environ 200 grammes — à peu près autant qu'un grand morceau de viande.
Le saviez-vous
Le Human Microbiome Project (HMP) du NIH a analysé les microbiomes de près de 300 Américains en bonne santé entre 2008 et 2016. L'une des découvertes les plus surprenantes : il n'existe pas de microbiome « sain » universel. La variabilité entre les individus est si grande que ce qui compte comme sain chez une personne serait atypique chez une autre. Cela rend difficile la formulation de recommandations alimentaires universelles — et explique pourquoi les haricots rendent une personne flatulente et n'affectent pas une autre.
Sources
- Sender, R. et al. (2016). Revised estimates for the number of human and bacteria cells in the body. Cell, 164(3), 337–340.
- David, L.A. et al. (2014). Diet rapidly and reproducibly alters the human gut microbiome. Nature, 505(7484), 559–563.
- Human Microbiome Project Consortium (2012). Structure, function and diversity of the healthy human microbiome. Nature, 486(7402), 207–214.